MÉTABOLISME

ï»ż
MÉTABOLISME
MÉTABOLISME

Rien ne se crĂ©e, rien ne se perd. Le principe de conservation de l’énergie et de la matiĂšre ne souffre aucune exception. Aussi les ĂȘtres vivants ne sont-ils que des transformateurs d’énergie: ils reçoivent du dehors de l’énergie chimique et ils la transforment en une autre forme d’énergie chimique ou en Ă©nergie Ă©lectrique ou mĂ©canique.

Au flux d’énergie Ă  travers l’organisme correspond un flux de matiĂšre. C’est ce flux de matiĂšre qu’on dĂ©signe du nom de mĂ©tabolisme, qui signifie Ă©tymologiquement «transformation». On parle de mĂ©tabolisme de matiĂšre et de mĂ©tabolisme Ă©nergĂ©tique. Le premier permet la connaissance prĂ©cise de la nature de ces transformations et des mĂ©canismes et fonctions qui les rendent possibles. Le second se contente du bilan gĂ©nĂ©ral des transformations, car le seul facteur qui joue au point de vue Ă©nergĂ©tique est la diffĂ©rence entre l’état initial et l’état final. Il est indiffĂ©rent, au point de vue Ă©nergĂ©tique, que la combinaison du carbone avec l’oxygĂšne se fasse en deux temps, avec la formation intermĂ©diaire d’oxyde de carbone, ou, en un seul temps, avec production d’emblĂ©e d’anhydride carbonique.

1. Le métabolisme énergétique

C’est seulement cent ans environ aprĂšs Lavoisier que Berthelot a montrĂ© que l’énergie dĂ©gagĂ©e par la combustion des aliments dans l’organisme se calculait par la diffĂ©rence entre la chaleur de combustion des aliments et celle des dĂ©chets Ă©liminĂ©s. En d’autres termes, ce qui importe est la diffĂ©rence entre l’état initial et l’état final.

Berthelot a construit une «bombe calorimĂ©trique» pour mesurer la chaleur dĂ©gagĂ©e par un aliment qui brĂ»le. Pour effectuer cette combustion, il lui a fallu mettre l’aliment en prĂ©sence d’une pression de 25 atmosphĂšres d’oxygĂšne pur.

Lors de la combustion de reprĂ©sentants des trois classes d’aliments Ă©nergĂ©tiques (lipides, glucides, protides), Berthelot a calculĂ© que 1 g de graisse dĂ©gage 9,1 kcal (kilocalories, ou grandes calories [Cal]), 1 g de sucre 4,1 kcal et 1 g de protide 5,6 kcal. Mais, si le produit terminal de la combustion des lipides et des glucides est le mĂȘme dans la bombe et dans un organisme vivant (la combustion, complĂšte dans les deux cas, aboutit Ă  C2 et H2O), il n’en est pas de mĂȘme pour les protides.

Dans la bombe, les protides sont transformĂ©s en nitrates, alors que les MammifĂšres, en particulier, Ă©liminent le produit terminal du mĂ©tabolisme azotĂ© sous forme d’urĂ©e, CO(NH2)2. Or ce corps brĂ»le encore dans la bombe et dĂ©gage 2,5 kcal par gramme. La chaleur de combustion des protides dans l’organisme n’est donc que de 4,1 kcal par gramme.

Les particularitĂ©s de la machine animale ne se limitent pas Ă  ce seul problĂšme; dans l’organisme vivant, l’énergie chimique est en effet utilisĂ©e directement et non pas, comme dans une machine thermique, par l’intermĂ©diaire de la chaleur. Dans ce dernier cas, il faudrait une diffĂ©rence de plus de 100 0C entre le point chaud et le point froid.

De plus, si, comme l’a vu Berthelot, l’énergie que tire l’organisme vivant des aliments ne dĂ©pend que de la diffĂ©rence entre l’état initial et l’état final, comme dans l’équation suivante:

– on peut Ă©tablir des formules analogues pour les lipides et les protides –, la voie mĂ©tabolique rĂ©alisĂ©e dans l’organisme est progressive et complexe.

Les aliments transformĂ©s par la digestion en «nutriments» ne sont pas des corps aisĂ©ment combustibles. Pour les brĂ»ler, Berthelot a Ă©tĂ© obligĂ© de rĂ©aliser dans sa bombe calorimĂ©trique une pression partielle d’oxygĂšne trĂšs Ă©levĂ©e.

Dans l’organisme, oĂč ne rĂšgne qu’une pression partielle d’un septiĂšme d’atmosphĂšre (108 mm Hg), la prĂ©sence de multiples catalyseurs (enzymes) permet d’amorcer les transformations qui aboutissent Ă  la libĂ©ration d’énergie. Les mĂ©canismes de cette libĂ©ration d’énergie, reprĂ©sentĂ©s par une sĂ©rie d’oxydations et de rĂ©ductions, sont exposĂ©s dans la deuxiĂšme partie de cet article (cf. chap. 2).

Les mĂ©thodes de mesure de la dĂ©pense d’énergie

On dispose de deux voies diffĂ©rentes pour mesurer la dĂ©pense d’énergie d’un ĂȘtre vivant: la calorimĂ©trie directe et la calorimĂ©trie indirecte.

La calorimétrie directe

La calorimĂ©trie directe exige un appareillage coĂ»teux et, en gĂ©nĂ©ral, malaisĂ© Ă  manipuler. Pendant de nombreuses annĂ©es, on a fait appel Ă  la calorimĂ©trie diffĂ©rentielle. À la chaleur Ă  mesurer dĂ©gagĂ©e par un ĂȘtre vivant placĂ© dans une enceinte calorimĂ©trique, on oppose dans ces montages celle que produit une source artificielle, rĂ©glable Ă  volontĂ© (fig. 1). La quantitĂ© de chaleur dĂ©gagĂ©e par la rĂ©sistance Ă©lectrique (Q = Ai2Rt, oĂč Q = kcal ou en joules, i = intensitĂ© du courant en ampĂšres, R = rĂ©sistance en ohms, t = durĂ©e en secondes, A = 1/J = 0,000239) est Ă©gale Ă  la chaleur dĂ©gagĂ©e par l’animal. Pour recueillir la chaleur, on utilise des thermocouples ou des bolomĂštres, c’est-Ă -dire des rĂ©sistances Ă©lectriques variant en fonction de la tempĂ©rature. L’égalitĂ© des deux sources de chaleur est indiquĂ©e par un galvanomĂštre montĂ© sur un pont de Wheatstone, dans lequel on compare les rĂ©sistances des deux bolomĂštres.

Actuellement, on recueille sĂ©parĂ©ment la chaleur latente de vaporisation – l’homme Ă©met toujours de l’eau par ses voies respiratoires et par sa surface cutanĂ©e, mĂȘme quand il ne transpire pas –, la chaleur rayonnĂ©e, la chaleur perdue par convection. Le calorimĂštre de Benzinger et Kitzinger permet de mesurer avec prĂ©cision toutes ces formes de chaleur chez l’homme. Il s’agit d’un appareil extrĂȘmement coĂ»teux.

À la fin du XIXe siĂšcle, C. Liebermeister a imaginĂ© une mĂ©thode trĂšs simple et peu coĂ»teuse: l’homme dont on dĂ©sire connaĂźtre la production de chaleur est plongĂ© dans une baignoire; on suit d’abord l’évolution de la tempĂ©rature de l’eau seule, puis on effectue la mĂȘme mesure en prĂ©sence du sujet, source de chaleur. Une chambre calorimĂ©trique fut ensuite construite par J. LefĂšvre sur le mĂȘme principe.

La calorimétrie indirecte

La calorimétrie indirecte repose soit sur la thermochimie alimentaire, soit sur la thermochimie respiratoire.

Dans la thermochimie alimentaire , appelĂ©e mĂ©thode des bilans, on fixe la chaleur de combustion des aliments ingĂ©rĂ©s et on en dĂ©falque la chaleur de combustion des dĂ©chets, en tenant compte des variations des rĂ©serves. En effet, s’il y a eu par exemple mise en rĂ©serve de 20 g de graisses, la chaleur de combustion de ces 20 g devra ĂȘtre dĂ©duite du nombre total de calories fournies par la ration. Pour se rendre compte de l’état nutritionnel d’un pays, les enquĂȘtes de l’O.M.S. (Organisation mondiale de la santĂ©) sont fondĂ©es simplement sur la valeur Ă©nergĂ©tique de l’ensemble des aliments distribuĂ©s durant une pĂ©riode donnĂ©e Ă  une population exactement dĂ©nombrĂ©e.

La thermochimie respiratoire tient compte de la quantitĂ© d’oxygĂšne utilisĂ©e pour «brĂ»ler» les aliments. Comme l’organisme tire son Ă©nergie de l’oxydation des substances alimentaires, il est Ă©vident que, si la quantitĂ© de substances «brĂ»lĂ©es» augmente, la quantitĂ© d’énergie libĂ©rĂ©e Q augmente d’une façon rigoureusement proportionnelle, et donc aussi la quantitĂ© d’oxygĂšne utilisĂ©e:

Pour chaque substance, il y a donc une proportionnalitĂ© directe entre l’énergie libĂ©rĂ©e et la quantitĂ© d’oxygĂšne VO2 consommĂ©e:

Ainsi, connaissant la quantitĂ© d’oxygĂšne consommĂ©e, on peut calculer l’énergie libĂ©rĂ©e si l’on connaĂźt le coefficient de proportionnalitĂ© C. Ce coefficient est le coefficient thermique de l’oxygĂšne pour une substance alimentaire donnĂ©e. Il est bon de mesurer parallĂšlement les quantitĂ©s de dioxyde de carbone et d’eau produites. Le nombre des techniques dont on dispose Ă  l’heure actuelle est considĂ©rable. Il y en a de trĂšs simples, prĂ©cises et rapides. On peut mesurer aussi bien la consommation d’oxygĂšne des mitochondries d’une cellule que celle d’un gros mammifĂšre.

DĂšs 1894, M. Rubner a obtenu chez le chien la mĂȘme valeur en mesurant la chaleur recueillie dans un calorimĂštre ou en la calculant Ă  l’aide des donnĂ©es de la thermochimie alimentaire. En 1902, W. O. Atwater et F. G. Benedict ont trouvĂ© chez l’homme un accord parfait entre les rĂ©sultats acquis par calorimĂ©trie directe, par thermochimie alimentaire et par thermochimie respiratoire.

L’identitĂ© des rĂ©sultats obtenus par deux voies d’investigation indĂ©pendantes a Ă©tĂ© la preuve expĂ©rimentale de la validitĂ© du principe de conservation d’énergie chez les ĂȘtres vivants.

Les sources contingentes de la dĂ©pense d’énergie

Le mĂ©tabolisme d’entretien actif

En dehors de la dĂ©pense d’énergie liĂ©e Ă  la vie et Ă  la respiration des cellules, on sait depuis Lavoisier qu’il existe trois causes susceptibles d’augmenter cette dĂ©pense dite basale: le travail musculaire, l’augmentation de la production de chaleur pour rĂ©sister au refroidissement, l’augmentation de la production de chaleur due Ă  la prise d’aliments.

Le travail musculaire

Parmi ces trois sources de dĂ©pense d’énergie supplĂ©mentaire, celle qui est due au travail musculaire est de beaucoup la plus importante: dans un effort extrĂȘme, de courte durĂ©e, l’organisme humain rĂ©ussit Ă  multiplier sa dĂ©pense par dix et quinze, l’athlĂšte par vingt. Il est toutefois exceptionnel de rencontrer des dĂ©penses d’énergie au cours d’un nycthĂ©mĂšre qui dĂ©passent de cinq fois la dĂ©pense de repos. Pratiquement, de telles dĂ©penses ne surviennent que durant les pĂ©riodes d’entraĂźnements des Ă©quipes sportives.

Un homme de 60 Ă  70 kg, couchĂ© huit heures sur vingt-quatre, se dĂ©plaçant Ă  pied durant deux heures, debout durant deux heures et assis durant douze heures, dĂ©pense environ 2 500 kcal par jour, soit un peu plus de 100 kcal par heure. On fixe la «dĂ©pense de base» de ce mĂȘme individu Ă  environ 50 kcal/h. Quand ce dernier effectue une marche au rythme de 5,6 km/h, sa dĂ©pense est de 173 kcal (tabl. 1). À ce rythme, les muscles des extrĂ©mitĂ©s augmentent leur dĂ©pense de treize fois; sous cet effet, une masse de sang importante est dĂ©tournĂ©e des organes profonds vers les muscles; l’apport en oxygĂšne vers les glandes (le rein en particulier) est rĂ©duit de 40 p.100.

Le rendement maximal du moteur humain est d’environ 30 p. 100, c’est-Ă -dire que, pour une calorie effectivement transformĂ©e en travail, un peu plus de trois sont dĂ©pensĂ©es par l’organisme. Dans les conditions ordinaires, ces calories supplĂ©mentaires servent Ă  maintenir la tempĂ©rature constante et couvrent une partie de la thermogenĂšse de rĂ©chauffement.

La thermogenÚse de réchauffement

Les recherches de J. Giaja (1938) ont montrĂ© que la dĂ©pense d’énergie maximale que peut rĂ©aliser un mammifĂšre ou un oiseau dans la lutte contre le froid est de l’ordre de trois Ă  quatre fois la valeur de la dĂ©pense basale. Mais Giaja lui-mĂȘme a dĂ©jĂ  relevĂ© que cette valeur dĂ©pend fortement de la durĂ©e de l’exposition au froid. Il a Ă©tĂ© constatĂ© rĂ©cemment que, quand on expose durant vingt-quatre heures Ă  12 0C un rat blanc qui vit normalement Ă  30 0C, sa tempĂ©rature centrale commence Ă  baisser tandis que ses Ă©changes respiratoires ne sont que doublĂ©s.

Pratiquement, l’augmentation de la dĂ©pense d’énergie provoquĂ©e par le froid ne se manifeste, chez l’homme, que lors des bains froids. En effet, l’Eskimo et l’habitant des climats tempĂ©rĂ©s se protĂšgent par leurs vĂȘtements contre les basses tempĂ©ratures et ne sĂ©journent au froid que le temps indispensable au travail Ă  effectuer en dehors de l’habitat: la ration du soldat amĂ©ricain cantonnĂ© en Alaska ne diffĂšre pas quantitativement de celle du soldat effectuant son service dans le Middle West.

L’énergie thermique maximale que l’organisme dĂ©veloppe dans sa lutte contre le froid constitue ce que Giaja a appelĂ© le «mĂ©tabolisme de sommet».

La prise d’aliments

L’alimentation entraĂźne une augmentation Ă  long terme et une augmentation Ă  court terme de la dĂ©pense d’énergie.

Les expĂ©riences de jeĂ»ne partiel, effectuĂ©es au laboratoire de A. Keys (1950) sur des volontaires qui ne recevaient durant vingt-quatre semaines qu’une ration de 1 570 kcal par vingt-quatre heures au lieu de 2 500, ont montrĂ© qu’à la fin de l’expĂ©rience les sujets avaient rĂ©duit leur dĂ©pense de 39 p. 100. En mĂȘme temps, la perte de poids corporel a Ă©tĂ© de 20 p. 100. Il en rĂ©sulte que la diminution de la dĂ©pense d’énergie, rapportĂ©e Ă  un kilo, est de 19,5 p. 100. Il y a donc parallĂ©lisme entre la rĂ©duction de la masse corporelle et la diminution de la dĂ©pense d’énergie par unitĂ© de poids.

En dehors de cette dĂ©pense qui correspond Ă  une adaptation chronique au niveau Ă©nergĂ©tique des entrĂ©es alimentaires, on connaĂźt depuis Lavoisier et Rubner une hausse de la dĂ©pense d’énergie liĂ©e Ă  l’alimentation: un chien qui reçoit une ration dĂ©passant de 50 p. 100 celle de ses besoins, c’est-Ă -dire celle qui assurerait la constante de son poids, prĂ©sente aprĂšs ingestion des aliments une augmentation de ses Ă©changes respiratoires de 20 p. 100 s’il a fait un repas riche en protĂ©ines, de 10 p. 100 si l’apport calorique Ă©tait essentiellement constituĂ© par des farineux, de 6 p. 100 s’il Ă©tait composĂ© surtout de graisses. Cette augmentation, particuliĂšrement nette chez le chien ingĂ©rant de la viande, se manifeste encore quand on injecte des acides aminĂ©s dans les veines. Il ne s’agit donc pas d’une dĂ©pense liĂ©e Ă  la digestion intestinale. Rubner a utilisĂ© le terme d’« action dynamique spĂ©cifique» pour dĂ©signer cet effet des protides. Pour le lapin, chez lequel l’action dynamique des glucides est trĂšs accusĂ©e, la production supplĂ©mentaire de chaleur correspond exactement au coĂ»t de la transformation des glucides en lipides. Il est donc probable que l’action dynamique spĂ©cifique traduit le coĂ»t Ă©nergĂ©tique de la transformation des glucides et des protides en graisses de rĂ©serve (T. Cahn et J. Houget, 1962).

Le métabolisme de croissance

La croissance d’un organisme entraĂźne une dĂ©pense supplĂ©mentaire d’énergie; on ne peut augmenter, sans frais, sa masse corporelle. Le rendement de la croissance pour le dĂ©veloppement de l’Ɠuf (F. Tangl, 1903) et la croissance du nourrisson (Rubner) est trĂšs bon, de l’ordre de 60 Ă  70 p. 100.

Le métabolisme de base

Quand on a Ă©liminĂ© toutes ces sources de production de chaleur supplĂ©mentaire, il reste une dĂ©pense minimale, dite mĂ©tabolisme de base ou dĂ©pense de fond, liĂ©e Ă  la respiration mĂȘme des cellules qui constituent l’organisme vivant.

Chez l’homme adulte, cette dĂ©pense est de l’ordre de 1 600 kcal/24 h. C’est la valeur que l’on obtient chez l’homme couchĂ©, au repos complet, dix-huit heures aprĂšs un dernier repas trĂšs lĂ©ger, en l’absence de toute stimulation thermogĂšne. On supprime ainsi le travail extĂ©rieur, le travail de la digestion, et l’on Ă©vite la dĂ©pense d’énergie due Ă  la rĂ©action contre la tempĂ©rature ambiante. J. A. Harris et F. G. Benedict (1919) ont mesurĂ© avec prĂ©cision cette «énergie physiologique minimale» chez un certain nombre d’individus dont ils connaissaient le poids, l’ñge, la taille et le sexe. Ils ont rĂ©ussi Ă  Ă©tablir une formule linĂ©aire de «prĂ©vision» qui permet, Ă  l’aide des donnĂ©es Ă©numĂ©rĂ©es, de connaĂźtre Ă  moins de 5 p. 100 prĂšs le mĂ©tabolisme de base. Pour l’homme, cette formule s’écrit:

,

oĂč Q = quantitĂ© de chaleur en kilocalories par vingt-quatre heures, P = poids en kilos, H = hauteur en centimĂštres et a = Ăąge en annĂ©es.

Les mĂȘmes auteurs ont dĂ©veloppĂ© une formule analogue pour la femme. Ces formules sont dĂ©pourvues de toute signification biologique puisque, en s’y rĂ©fĂ©rant, on trouverait encore un «mĂ©tabolisme de base» pour un homme ou une femme de poids zĂ©ro.

La recherche d’une unitĂ© de rĂ©fĂ©rence significative a depuis longtemps prĂ©occupĂ© les hygiĂ©nistes. En 1838, F. Sarrus et J. Rameaux de Strasbourg ont cru pouvoir affirmer que la dĂ©pense d’énergie Ă©tait proportionnelle Ă  la surface corporelle; C. Bergmann (1847), M. Rubner (1883) et C. Richet (1889) ainsi que H. von Hoesslin (1888) ont contribuĂ© de façon trĂšs importante Ă  rĂ©soudre le problĂšme de la «loi des surfaces».

Or, l’accord entre les productions de chaleur par mĂštre carrĂ© de surface corporelle et par vingt-quatre heures n’est bon ni chez les poĂŻkilothermes, ni chez les homĂ©othermes. Ainsi, la souris blanche produit 550 kcal/m2/24 h et l’élĂ©phant 2 060. Aussi Benedict et Harris ont-ils toujours refusĂ© d’admettre la validitĂ© de cette loi.

Cela signifie-t-il que la loi des surfaces est une conception entiĂšrement fausse? Si l’on tient compte de la perte de chaleur sous forme latente et de la surface rayonnante rĂ©elle, qui peut ĂȘtre dĂ©terminĂ©e par divers procĂ©dĂ©s (la photographie sous diffĂ©rents angles par exemple), on constate une constance de l’émission de chaleur par unitĂ© de surface dans l’espĂšce humaine. Mais cette constatation n’est, en rĂ©alitĂ©, que le contrĂŽle de l’homĂ©othermie: les Ă©valuations correctes de la dĂ©perdition prouvent que la production est identique Ă  la dĂ©perdition.

Les premiĂšres tentatives pour relier poids et surface sont dues Ă  K. Meeh (1879), qui a Ă©tabli la formule:

en Ă©valuant la surface gĂ©omĂ©trique par le procĂ©dĂ© des bandelettes de papier. ConsidĂ©rant qu’on peut prendre comme densitĂ© du corps celle de l’eau, il aboutit Ă  reprĂ©senter la surface comme P23 ou P0,67, les surfaces croissant comme le carrĂ© des dimensions linĂ©aires (S = kl 2) et les masses comme les cubes (P = kl 3). La valeur k varie avec la forme gĂ©omĂ©trique. De fait, M. Kleiber (1931-1932) et S. Brody (1932), tous les deux vĂ©tĂ©rinaires et nutritionnistes, ont montrĂ© que l’exposant qui relie le mĂ©tabolisme de base au poids n’était pas de 0,67 mais de 0,73 (Brody) ou 0,75 (Kleiber). Quand on note sur un graphique la dĂ©pense d’énergie de la souris de 20 g jusqu’à celle de l’élĂ©phant de 4 t en inscrivant toutes les espĂšces de poids intermĂ©diaires, l’homme y compris, on trouve (Brody) une relation du type:

La mĂȘme recherche effectuĂ©e sur des Reptiles et des Batraciens (Kayser) donne une formule similaire:

L’identitĂ© de l’exposant du poids dans les deux Ă©quations prouve que ce ne peut pas ĂȘtre la surface qui dicte la production de chaleur. Si l’on retrouve la mĂȘme formule chez les poĂŻkilothermes et les homĂ©othermes – avec la seule diffĂ©rence que chez ces derniers le facteur constant est environ 35 fois plus fort –, cela est dĂ» au fait que la chaleur produite s’écoule chez les deux de la mĂȘme maniĂšre par la surface libre.

La signification rĂ©elle de la loi des surfaces se dĂ©gage des recherches de H. von Hoesslin (1888) et de R. Lambert et G. Teissier (1927). En comparant la production de chaleur d’espĂšces diffĂ©rentes, allant de 70 kg (homme) Ă  250 g (rat), H. Von Hoesslin a vu qu’effectivement la production de chaleur par unitĂ© de surface Ă©tait constante. Mais il a refusĂ© d’en conclure que la surface dĂ©perditrice commandait la production: en effet, en plaçant deux chiens de mĂȘme poids Ă  deux tempĂ©ratures diffĂ©rentes, 5 0C et 31 0C, il constate que le chien vivant Ă  5 0C augmente ses Ă©changes de 12 p. 100 par rapport au chien vivant Ă  31 0C; mais la perte de chaleur du chien vivant Ă  5 0C est de quatre Ă  cinq fois plus forte que celle de l’autre animal. Il faut donc trouver une autre explication de la loi des surfaces.

Von Hoesslin arrive Ă  la conclusion que la loi des surfaces est l’expression d’une organisation anatomique en rapport avec le transport de l’oxygĂšne: la vitesse du sang dans les artĂšres d’un chien de 5 kg Ă©tant Ă  peu prĂšs la mĂȘme que dans celles d’un cheval de 300 kg, le dĂ©bit circulatoire (rapport d’oxygĂšne aux diffĂ©rents tissus) dĂ©pend du diamĂštre des vaisseaux. Comme le rapport des surfaces de section de deux vaisseaux homologues est le mĂȘme que celui des surfaces de section des corps entiers, il en rĂ©sulte que le transport de l’oxygĂšne est liĂ© Ă  la surface corporelle.

Lambert et Teissier ont complĂ©tĂ© la conception de «similitude anatomique» de Von Hoesslin en introduisant les «durĂ©es» dans les comparaisons biomĂ©triques. Pour ces auteurs, l’intervalle entre deux systoles cardiaques est tout aussi caractĂ©ristique d’une espĂšce qu’une longueur corporelle. Ils font un pas de plus et admettent qu’ils ont le droit de considĂ©rer le rapport entre deux longueurs homologues chez deux individus comme identique au rapport de deux temps homologues. Ils arrivent par consĂ©quent Ă  Ă©crire:

À partir de leur hypothĂšse, ils dĂ©finissent l’équation de dimensions d’une puissance et d’un dĂ©bit:

La production de chaleur est une puissance; elle est donc proportionnelle Ă  la surface. On peut ainsi considĂ©rer la loi des surfaces comme une loi d’évolution pour des corps gĂ©omĂ©triquement semblables, construits sur le mĂȘme type. De fait, E. F. Adolph (1949) a montrĂ© que toute une sĂ©rie de dĂ©bits (dĂ©bit de l’azote ou de l’urĂ©e urinaires, du soufre, etc.) – qui eux aussi, comme les puissances, sont proportionnels Ă  la surface –, se faisait selon l’expression: Q = k Pb , oĂč b a des valeurs allant de 0,72 Ă  0,77.

La conception de Teissier permet de comprendre les observations faites par E. Zeuthen, qui en 1947 a rassemblĂ© les valeurs des consommations d’oxygĂšne de la micro-faune marine, des InvertĂ©brĂ©s en gĂ©nĂ©ral, des VertĂ©brĂ©s poĂŻkilothermes et homĂ©othermes, et a retrouvĂ© partout cette mĂȘme relation, oĂč seule diffĂšre la valeur de k : ce coefficient augmente d’une unitĂ© logarithmique quand on passe des InvertĂ©brĂ©s poĂŻkilothermes aux VertĂ©brĂ©s poĂŻkilothermes, et d’une nouvelle unitĂ© des VertĂ©brĂ©s poĂŻkilothermes aux MammifĂšres et Oiseaux homĂ©othermes. Dans l’ensemble des valeurs obtenues sur les MammifĂšres et les Oiseaux ou les Reptiles et Batraciens, on voit qu’il n’y a pas de diffĂ©rence significative entre les valeurs de 0,67 et 0,73 de l’exposant du poids.

En conclusion, l’expression la meilleure du mĂ©tabolisme de repos correspond Ă  la formule de Brody (Q24 = k  P0,73); cette formule peut gagner en prĂ©cision Ă  l’aide de valeurs diffĂ©rentes donnĂ©es Ă  k selon qu’il s’agit de Poissons, de Batraciens, de Reptiles, de MammifĂšres ou d’Oiseaux. On peut mĂȘme l’adapter Ă  un ordre dĂ©terminĂ© comme celui des Rongeurs. Elle est alors assez prĂ©cise pour permettre l’établissement d’une ration alimentaire de repos, la ration Ă©tant considĂ©rĂ©e uniquement comme apport Ă©nergĂ©tique.

Mais cette formule a aussi un fondement thĂ©orique rationnel; elle traduit une rĂ©alitĂ© biologique: la dĂ©pense d’énergie d’un ĂȘtre vivant a la dimension physique d’une puissance.

2. Le métabolisme intermédiaire

Le mĂ©tabolisme intermĂ©diaire a Ă©tĂ© souvent dĂ©fini comme l’ensemble des phĂ©nomĂšnes de dĂ©gradation (catabolisme) et de synthĂšse (anabolisme) qui permettent un cycle continu d’échanges entre la cellule et les substrats apportĂ©s par l’alimentation: glucides, lipides et protides. Actuellement, ce terme dĂ©signe deux types de processus biochimiques: l’un, variable, avec les divers substrats; l’autre, appelĂ© «systĂšme mĂ©tabolique central», identique pour toutes les cellules animales et vĂ©gĂ©tales: alimentĂ© en petites molĂ©cules par le premier, il fournit Ă  l’organisme l’énergie qui lui est nĂ©cessaire, mais aussi des matĂ©riaux pour des biosynthĂšses. Le systĂšme mĂ©tabolique central, situĂ© dans les mitochondries des cellules animales et vĂ©gĂ©tales, comprend deux ensembles multienzymatiques associĂ©s aux structures mitochondriales: le cycle citrique et les chaĂźnes d’oxydorĂ©duction.

Le cycle citrique (ou cycle tricarboxylique, ou cycle de Krebs) a pour rĂŽle essentiel, mais non exclusif, l’oxydation en gaz carbonique et en eau d’une unitĂ© Ă  deux atomes de carbone, l’acĂ©tyl-coenzyme A, dĂ©nominateur commun du catabolisme glucidique et lipidique. Au cours du cycle, les oxydations des substrats libĂšrent de l’hydrogĂšne; celui-ci, transportĂ© sur les chaĂźnes d’oxydorĂ©duction, permet la production d’énergie, rĂŽle majeur de ce cycle biochimique. De plus, le cycle de Krebs fournit des matĂ©riaux pour des biosynthĂšses. Ce systĂšme, qui oriente les molĂ©cules vers le catabolisme ou l’anabolisme, est rĂ©gulĂ© par des mĂ©canismes de contrĂŽle dont on commence Ă  entrevoir la complexitĂ©.

Les chaĂźnes d’oxydorĂ©duction , dont l’étude est entreprise dans l’article OXYDORÉDUCTIONS BIOLOGIQUES, reçoivent les protons (H+) arrachĂ©s aux substrats pendant le dĂ©roulement du cycle citrique et libĂšrent de l’énergie sous forme d’acide adĂ©nosine triphosphorique (ATP), accumulateur et gĂ©nĂ©rateur d’énergie Ă  la demande.

Le cycle citrique et les chaĂźnes d’oxydo-rĂ©duction phosphorylante, ainsi couplĂ©s, reprĂ©sentent pour toutes les cellules le mĂ©canisme biochimique capable de fournir de l’énergie utilisable.

Le systÚme métabolique central

Le cycle citrique

Le cycle citrique est la pierre angulaire du systÚme métabolique central. Les réactions biochimiques de ce cycle sont représentées dans la figure 2.

La condensation de l’acĂ©tyl-coenzyme A avec l’oxaloacĂ©tate conduit Ă  la formation du citrate, acide tricarboxylique Ă  six atomes de carbone, qui a donnĂ© son nom au cycle. L’enzyme, dĂ©couverte par S. Ochoa et ses collaborateurs, appelĂ©e enzyme condensante ou citrate-synthĂ©tase, catalyse une rĂ©action complexe dont l’équilibre est fortement dĂ©placĂ© en faveur du citrate. La citrate-synthĂ©tase a, en effet, trois fonctions: Ă©nolasique, lyasique et hydrolasique (fig. 3; cf. ENZYMES). L’enzyme de condensation est inhibĂ©e par les acyl-CoA Ă  longue chaĂźne, et notamment par le palmityl-CoA, selon un mode allostĂ©rique.

La conversion du citrate en isocitrate est catalysĂ©e par l’aconitase (aconitate-hydratase), qui exige la prĂ©sence de Fe2+. Cette Ă©tape, dont on suppose qu’elle procĂšde par l’intermĂ©diaire d’un cation carbonium, est caractĂ©risĂ©e par la formation d’un Ă©quilibre entre le citrate, le cis-aconitate et l’isocitrate (respectivement 89, 3 et 8 p. 100; fig. 4). Le citrate, composĂ© de structure molĂ©culaire symĂ©trique, a un comportement asymĂ©trique en prĂ©sence de l’aconitase. A. G. Ogston pense que cette derniĂšre propriĂ©tĂ© est liĂ©e au fait que le citrate s’attache en trois points situĂ©s Ă  la surface de l’enzyme; l’adhĂ©rence qui en rĂ©sulte favorise l’approche d’un ion OH- d’un seul cĂŽtĂ© et la genĂšse d’un composĂ© asymĂ©trique, possĂ©dant deux carbones asymĂ©triques: l’isocitrate. De plus, grĂące Ă  des substrats marquĂ©s, on a montrĂ© que seule la partie du citrate provenant de l’oxalo-acĂ©tate est dĂ©shydratĂ©e, et non celle issue de l’acĂ©tyl-CoA, ce qui est une preuve supplĂ©mentaire du comportement asymĂ©trique du citrate en prĂ©sence de l’aconitase: en effet, aprĂšs action de la citrate-synthĂ©tase, de l’aconitase et de l’isocitrico-dĂ©shydrogĂ©nase, on n’obtient qu’un seul type d’ -cĂ©toglutarate radioactif marquĂ© en  du carboxyle (fig. 5, rĂ©action a). L’ -cĂ©toglutarate marquĂ© en  n’est pas formĂ© (fig. 5, rĂ©action b).

Le passage de l’isocitrate Ă  l’ -cĂ©toglutarate est rĂ©alisĂ© par l’isocitrico-dĂ©shydrogĂ©nase, qui catalyse simultanĂ©ment l’oxydation de l’acide isocitrique en acide oxalosuccinique et la dĂ©carboxylation de ce dernier en acide -cĂ©toglutarique. Deux enzymes diffĂ©rentes sont connues: l’une, nicotinamide adĂ©nine dinuclĂ©otide phosphate (NADP+) dĂ©pendante, intra- et extramitochondriale, source de NADPH2 pour des synthĂšses; l’autre, nicotinamide adĂ©nine dinuclĂ©otide (NAD+) dĂ©pendante, exclusivement intramitochondriale, dont l’action est irrĂ©versible. ActivĂ©e par l’ADP, inhibĂ©e par l’ATP, cette enzyme joue un rĂŽle important dans la rĂ©gulation du cycle citrique par un mĂ©canisme allostĂ©rique.

L’oxydation de l’ -cĂ©toglutarate en succinyl-coenzyme A est effectuĂ©e par l’ -cĂ©toglutarate-oxydase. La rĂ©action globale (1), irrĂ©versible, est catalysĂ©e par un systĂšme multi-enzymatique que l’on peut scinder en trois enzymes (fig. 6):

– une -cĂ©toglutarate-dĂ©carboxylase, qui contient du pyrophosphate de thiamine (TPP) comme groupement prosthĂ©tique; elle est responsable de la dĂ©carboxylation et conduit Ă  un complexe semi-aldĂ©hyde succinique liĂ© Ă  la thiamine;

– une lipoyl-rĂ©ductase trans-succinylase, qui catalyse le transfert du rĂ©sidu succinyl sur l’acide lipoĂŻque avec ouverture du pont disulfure, puis le transfert de ce rĂ©sidu sur la coenzyme A;

– une dihydrolipoyl-dĂ©shydrogĂ©nase, comprenant une flavoprotĂ©ine, qui rĂ©gĂ©nĂšre le pont disulfure de l’acide lipoĂŻque en transfĂ©rant l’hydrogĂšne au NAD+. La dĂ©carboxylation de l’ -cĂ©toglutarate est oxydative.

Passage du succinyl-coenzyme A au succinate : la liaison riche en Ă©nergie du succinyl-CoA peut ĂȘtre, soit conservĂ©e grĂące Ă  l’intervention de la succinyl-CoA-synthĂ©tase qui catalyse la rĂ©action (2) (le guanosine triphosphate [GTP] peut lui-mĂȘme transfĂ©rer son phosphate terminal Ă  l’ADP pour donner de l’ATP et rĂ©gĂ©nĂ©rer le GDP initial), soit transfĂ©rĂ©e en mĂȘme temps que la coenzyme A Ă  l’acĂ©toacĂ©tate, dans le muscle cardiaque, ou squelettique, par la succinyl-acĂ©tylacĂ©tate-thiophorase [rĂ©action (3)].

L’oxydation du succinate en fumarate introduit une double liaison dans le fumarate. La succino-dĂ©shydrogĂ©nase est une flavoprotĂ©ine, flavine adĂ©nine dinuclĂ©otide (FAD) dĂ©pendante, comportant quatre atomes de fer non hĂ©minique par molĂ©cule. Cette enzyme est inhibĂ©e par le malonate; c’est un exemple classique d’inhibition compĂ©titive [cf. ENZYMES].

L’hydratation du fumarate en L-malate , catalysĂ©e par la fumarase (fumarate-hydratase), conduit au L-malate. À l’équilibre, 82 p. 100 de L-malate sont formĂ©s.

L’oxydation du L-malate en oxaloacĂ©tate est rĂ©alisĂ©e par la malico-dĂ©shydrogĂ©nase, enzyme NAD+ dĂ©pendante, activĂ©e par des concentrations Ă©levĂ©es de L-malate et inhibĂ©e par l’oxaloacĂ©tate. Ainsi se termine le cycle, rĂ©gĂ©nĂ©rant son «starter», l’oxaloacĂ©tate.

Bilan du cycle et chaĂźnes d’oxydorĂ©duction

Le bilan d’un «tour» de cycle est le suivant (fig. 2):

1. Élimination de deux atomes de carbone sous forme de deux CO 2, lors des dĂ©carboxylations de l’isocitrate et de l’ -cĂ©toglutarate. Toutefois, il faut remarquer que, du fait de l’action dissymĂ©trique de l’aconitase sur le citrate, les deux atomes de carbone Ă©liminĂ©s au cours des Ă©tapes dĂ©carboxylantes ne proviennent pas de l’acĂ©tyl-CoA, mais de l’oxaloacĂ©tate, dans lequel on retrouve, en fin de cycle, les carbones du radical acĂ©tyle. Cette notion fut apportĂ©e par les Ă©tudes faites avec des radioĂ©lĂ©ments diffĂ©rents fixĂ©s sur les deux groupements carboxyliques de l’oxaloacĂ©tate (fig. 2).

2. Transfert de quatre paires de protons (H+) et d’électrons aux chaĂźnes d’oxydorĂ©duction. Le fonctionnement des chaĂźnes d’oxydorĂ©duction peut ĂȘtre rĂ©sumĂ© par les deux Ă©quations (4). La rĂ©action d’oxydation (a) est normalement couplĂ©e Ă  la rĂ©action de phosphorylation (b); celle-ci est possible grĂące Ă  l’énergie produite au cours des oxydations; le rĂ©sultat global est la formation d’ATP.

Le transfert des protons et des Ă©lectrons a pour consĂ©quence, en plus de la formation d’eau, celle de onze liaisons riches en Ă©nergie; le rapport P/O entre le nombre de liaisons phosphates riches en Ă©nergie et le nombre d’atomes d’oxygĂšne absorbĂ©s pour un type de cellule (ou quotient de phosphorylation) est de trois lors de l’oxydation de l’isocitrate, de l’ -cĂ©toglutarate et du malate, et de deux seulement pour celle du succinate. L’étape (5) de la figure 2 fournit Ă  partir du succinyl-CoA une liaison riche supplĂ©mentaire, ce qui porte Ă  douze le nombre total de molĂ©cules d’ATP synthĂ©tisĂ©es lors de l’oxydation d’un radical acĂ©tyle par le cycle tricarboxylique. C’est la source fondamentale d’énergie pour toute cellule.

3. Bilan Ă©nergĂ©tique de l’oxydation complĂšte du glucose. En tenant compte de ce qui a Ă©tĂ© exposĂ© dans l’article GLUCIDES, on est en mesure de faire l’inventaire de toutes les molĂ©cules d’ATP formĂ©es au cours de l’oxydation aĂ©robie complĂšte du glucose. Ce bilan est dressĂ© dans la figure 7.

Puisque l’énergie libre fournie par l’oxydation du glucose est de 686 kcal:

et que la synthĂšse de chacune des 38 molĂ©cules d’ATP formĂ©es nĂ©cessite un apport minimal de 7 kcal/mole, le rendement thĂ©orique approximatif de la conservation de l’énergie est donc:

Il est probable que, dans la cellule intacte, ce rendement dépasse largement 60 p. 100.

L’équation (d) permet de tirer deux conclusions:

– La suite de la dĂ©gradation des glucides consiste en des oxydations qui, Ă  leur terme, donnent de l’anhydride carbonique et de l’eau, caractĂ©ristiques de la respiration [cf. RESPIRATION].

– L’énergie chimique potentielle contenue dans les aliments (glucides, lipides, protides), et dont la source chez les ĂȘtres vivants est reprĂ©sentĂ©e par les diffĂ©rentes radiations solaires et l’assimilation chlorophyllienne [cf. PHOTOSYNTHÈSE], est convertie en partie par les cellules, suivant le principe de la conservation de l’énergie, en une forme de rĂ©serve facilement utilisable: l’ATP. Cette Ă©nergie sera utilisĂ©e pour la rĂ©gulation thermique, le travail mĂ©canique et les biosynthĂšses, ce qui implique que l’organisme a des besoins et des dĂ©penses d’énergie et de matiĂšre [cf. NUTRITION].

Dans tous les tissus, la respiration cellulaire est donc Ă  l’origine de la chaleur animale, mise en Ă©vidence par l’expĂ©rience de Lavoisier. On comprend alors pourquoi l’abaissement de la tempĂ©rature ambiante, le travail musculaire, la digestion, la croissance et, en gĂ©nĂ©ral, toutes les activitĂ©s de l’organisme entraĂźnent une augmentation de la dĂ©pense d’énergie. Par exemple, pour lutter contre le froid, l’homme met en jeu des rĂ©gulations mĂ©caniques (contractions musculaires involontaires) et chimiques (stimulation des oxydations cellulaires); la croissance nĂ©cessite un apport supplĂ©mentaire d’énergie pour dĂ©clencher toutes les rĂ©actions d’anabolisme.

L’alimentation du systĂšme mĂ©tabolique central

Le systÚme métabolique central reçoit des petites molécules issues du catabolisme des glucides, des lipides et des protéines (fig. 8).

Catabolisme glucidique

La glycolyse, conduisant du glucose Ă  l’acide pyruvique, alimente le systĂšme mĂ©tabolique central en fournissant, d’une part, de l’acĂ©tyl-coenzyme A par oxydation du pyruvate sous l’influence de la pyruvate-oxydase qui catalyse la rĂ©action (5) – ce systĂšme multienzymatique fonctionne comme celui de l’ -cĂ©toglutarate-oxydase –; d’autre part, de l’oxaloacĂ©tate Ă  partir du pyruvate, par la rĂ©action de carboxylation (6).

Catabolisme lipidique

La dĂ©gradation des acides gras Ă  nombre pair d’atomes de carbone par ïš‹-oxydation conduit Ă  la formation d’acĂ©tyl-coenzyme A incorporable dans le cycle de Krebs et Ă  la rĂ©duction, Ă  chaque tour de spire de l’hĂ©lice de Lynen, de FAD et de NAD+ qui alimentent aussi les chaĂźnes respiratoires.

La dĂ©gradation des acides gras Ă  nombre impair d’atomes de carbone fournit, en plus de l’acĂ©tyl-CoA, du propionyl-CoA, qui rejoint le succinyl-CoA grĂące aux rĂ©actions (7).

Catabolisme protéique

Les acides aminĂ©s sont convertis Ă  diffĂ©rents niveaux au cours de leur catabolisme en molĂ©cules constitutives du systĂšme mĂ©tabolique central. Les diverses rĂ©actions ont Ă©tĂ© groupĂ©es dans la figure 8, Ă  partir de laquelle on peut dĂ©gager les notions suivantes: par transamination puis dĂ©samination, le catabolisme des acides aminĂ©s alimente les carrefours pyruvique et acĂ©tyl-CoA, et fournit de plus des substrats au cycle citrique. Inversement, du fait de la rĂ©versibilitĂ© de la transamination, la synthĂšse d’acides aminĂ©s est possible Ă  partir du systĂšme mĂ©tabolique central, montrant le rĂŽle de carrefour de ce dernier dans les diffĂ©rents mĂ©tabolismes.

Le rÎle biosynthétique du systÚme métabolique central

Les substrats du cycle de Krebs, ainsi que l’énergie formĂ©e au cours de la phosphorylation oxydative, sont utilisĂ©s pour les synthĂšses des glucides, des lipides, des porphyrines, des acides aminĂ©s, des protĂ©ines, des nuclĂ©otides et des acides nuclĂ©iques (fig. 8).

Glucides (disaccharides et polysaccharides)

La formation des liaisons osidiques nĂ©cessite de l’énergie. C’est pour cette raison qu’au cours de la biosynthĂšse des glucides le glucose doit ĂȘtre activĂ© en deux temps: d’abord formation de glucose-1-phosphate Ă  partir de l’ATP; le glucose-1-phosphate, sous l’action de l’uridine triphosphate (UTP), donne naissance Ă  l’uridine diphosphoglucose (UDP-glucose); ensuite, transfert des restes glucosyls de l’UDP-glucose sur un accepteur, molĂ©cule de glycogĂšne prĂ©formĂ© de prĂ©fĂ©rence, pour former des chaĂźnes de glucose liĂ©es en  (14) dans le cas du glycogĂšne [cf. GLUCIDES].

Lipides

BiogenĂšse des acides gras

Les acides gras sont des constituants de toute cellule vivante, et la plupart d’entre eux sont synthĂ©tisĂ©s dans les cellules elles-mĂȘmes, Ă  partir de composĂ©s organiques trĂšs simples: glucose, acide pyruvique, acides aminĂ©s. Cependant, les possibilitĂ©s de synthĂšse sont extrĂȘmement variĂ©es selon les espĂšces. D’une façon gĂ©nĂ©rale, leur biogenĂšse n’est pas le processus inverse de la ïš‹-oxydation; elle dĂ©bute par l’apparition du malonyl-CoA, qui provient de la carboxylation de l’acĂ©tyl-CoA en prĂ©sence d’ATP et d’une enzyme Ă  biotine. Une sĂ©rie de rĂ©actions (condensation, rĂ©duction, dĂ©shydratation) conduit finalement Ă  l’acide gras (cf.mĂ©tabolisme des acides GRAS).

BiogenÚse des triglycérides et des phospholipides

La phosphorylation du glycĂ©rol ou la rĂ©duction du dihydroxyacĂ©tone-phosphate, produit intermĂ©diaire de la glycolyse, aboutit Ă  l’ -glycĂ©rophosphate. La condensation de l’ -glycĂ©rophosphate et de deux molĂ©cules d’acides gras activĂ©s donne un diglycĂ©ridephosphate; aprĂšs dĂ©phosphorylation de ce composĂ©, on se trouve devant deux grandes voies mĂ©taboliques, conduisant respectivement aux phospholipides et aux triglycĂ©rides [cf. LIPIDES].

BiogenÚse des stéroïdes

Les stĂ©roĂŻdes sont des substances lipoĂŻdiques dont la structure et la fonction diffĂšrent de celles des triglycĂ©rides. Dans ce groupe figurent des composĂ©s apparentĂ©s au cholestĂ©rol, Ă  la vitamine D, aux hormones stĂ©roĂŻdes. Au cours de la biosynthĂšse du cholestĂ©rol, par exemple, l’acĂ©tyl-CoA est la source de tous les atomes de carbone. À travers toute une sĂ©rie de rĂ©ductions, d’isomĂ©risations, on obtient d’abord le squalĂšne qui se cyclise pour former le noyau caractĂ©ristique des stĂ©rols [cf. LIPIDES].

Porphyrines

La biosynthĂšse des porphyrines se fait par condensation du succinyl-CoA avec le glycocolle (cf. PIGMENTS ET PIGMENTATION, PORPHYRINES ET PORPHYRIES).

Acides aminés

Sans entrer dans les dĂ©tails, on mentionnera ici l’origine mĂ©tabolique de quelques acides aminĂ©s. L’arginine est un intermĂ©diaire du cycle de l’urĂ©e. Le glutamate est issu de l’amination rĂ©ductrice de l’ -cĂ©toglutarate. La sĂ©rine, l’alanine et l’aspartate rĂ©sultent de la transamination de l’acide hydroxypyruvique. La sĂ©rine peut ĂȘtre interconvertie, soit en glycocolle et en une unitĂ© Ă  un carbone qui est captĂ©e par l’acide tĂ©trahydrofolique (transporteur d’unitĂ©s monocarbonĂ©es), soit en cystĂ©ine. La proline a pour origine le glutamate. Le noyau imidazole de l’histidine emprunte ses Ă©lĂ©ments au ribose, Ă  l’adĂ©nine et Ă  la glutamine. Enfin, le tryptophane, la phĂ©nylalanine et la tyrosine dĂ©rivent de l’acide shikimique (cf. AMINO-ACIDES, biosynthĂšse des composĂ©s PHÉNOLIQUES).

Protéines

Les protĂ©ines sont des macromolĂ©cules composĂ©es par l’enchaĂźnement de plusieurs acides aminĂ©s suivant une sĂ©quence bien dĂ©finie. Pour entrer dans la constitution de la protĂ©ine, chaque acide aminĂ© doit ĂȘtre activĂ© par des enzymes en formant des complexes du type acide aminĂ©-adĂ©nylate (AA  AMP), dans lesquels le groupement carboxyle de l’acide aminĂ© est reliĂ© par une liaison riche en Ă©nergie (symbolisĂ©e par ) Ă  un groupement adĂ©nylique, AMP. Ensuite, l’AA  AMP rĂ©agit avec une molĂ©cule d’ARN de transfert (ARNt) spĂ©cifique de cet acide amidĂ©. Celui-ci, une fois combinĂ© Ă  l’ARNt (AA  ARNt), diffuse vers les ribosomes. LĂ , il s’attache en un point bien dĂ©terminĂ© de l’ARN messager (ARNm), porteur du code gĂ©nĂ©tique. Une liaison peptidique s’établit enzymatiquement entre les deux premiers acides aminĂ©s fixĂ©s sur l’ARNm, et on obtient un dipeptide. Ce processus d’additions successives d’acides aminĂ©s se reproduit un grand nombre de fois jusqu’à formation d’une chaĂźne complĂšte. La protĂ©ine quitte alors le ribosome et acquiert une structure caractĂ©ristique (cf. BIOLOGIE MOLÉCULAIRE, PROTÉINES).

Nucléotides puriques et pyrimidiques

Les nuclĂ©otides jouent un rĂŽle important dans l’organisme puisqu’ils entrent dans la constitution des coenzymes telles que l’ATP, le NAD +, le FAD. Suivant la nature de la base qui les constitue, on distingue deux types de nuclĂ©otides:

– Les nuclĂ©otides puriques sont synthĂ©tisĂ©s dans la cellule par une sĂ©rie complexe de rĂ©actions qui impliquent l’incorporation d’atomes Ă©manant de sources diverses: ribose-5-phosphate, ATP, glycocolle, formyl-tĂ©trahydrofolate, gaz carbonique. Le groupement carboxyle est amidifiĂ© par l’azote de l’acide aspartique. Le premier dĂ©rivĂ© purique formĂ© est l’acide inosinique.

– Les nuclĂ©otides pyrimidiques requiĂšrent pour leur synthĂšse du ribose-5-phosphate, de l’ATP, du carbamyl-phosphate et de l’aspartate. Le premier nuclĂ©otide pyrimidique qui apparaĂźt est l’orotidine monophosphate (cf. mĂ©tabolisme des PURINES ET PYRIMIDINES).

Acides nucléiques

L’ADN polymĂ©rase catalyse la synthĂšse de l’ADN Ă  partir des triphosphates des quatre nuclĂ©otides: dĂ©soxyadĂ©nosine-triphosphate, dĂ©soxyguanosine-triphosphate, dĂ©soxycytidine-triphosphate et thymidine-triphosphate. Outre ces quatre dĂ©soxyribonuclĂ©oside-triphosphates, figure nĂ©cessairement une petite quantitĂ© d’ADN, de haut poids molĂ©culaire, qui «initie» la synthĂšse et joue le rĂŽle de matrice.

La biosynthĂšse des ARN se rĂ©alise dans la cellule au moins en partie Ă  proximitĂ© mĂȘme du chromosome. Elle a besoin, non seulement de quatre nuclĂ©otide-triphosphates (ATP, GTP, CTP et UTP) comme substrat et d’une ARN polymĂ©rase, mais encore d’un ADN initiateur qui possĂšde la fonction de matrice et sur lequel les nuclĂ©otides s’ordonnent (cf. BIOLOGIE MOLÉCULAIRE, acides NUCLÉIQUES).

Formation des acides dicarboxyliques

Ces synthĂšses appauvriraient rapidement les cellules en intermĂ©diaires du cycle, si des rĂ©actions de carboxylation n’assuraient pas la formation d’acides dicarboxyliques Ă  partir des substrats fournis par la glycolyse: c’est notamment le cas du pyruvate, source d’oxaloacĂ©tate et de malate. Deux systĂšmes enzymatiques interviennent:

– La pyruvate-carboxylase, enzyme intramitochondriale ayant la biotine comme coenzyme, catalyse la formation d’oxaloacĂ©tate selon la rĂ©action (8). L’enzyme est activĂ©e par l’acĂ©tyl-CoA et inhibĂ©e par le citrate et l’ATP, grĂące Ă  un mĂ©canisme allostĂ©rique.

– L’enzyme malique, extramitochondriale, dont la coenzyme est NADP+, catalyse rĂ©versiblement la dĂ©carboxylation oxydative du L-malate en pyruvate selon la rĂ©action (9).

Ainsi, tant dans la mitochondrie qu’en dehors d’elle, ces rĂ©actions de carboxylation, comme l’indique la figure 9, fournissent des substrats du cycle citrique, dont certains peuvent franchir la membrane mitochondriale.

GrĂące Ă  ces transferts, les relations entre cycle citrique et nĂ©oglycogenĂšse peuvent s’établir, notamment au niveau du foie et du rein [cf. GLUCIDES]. Dans ces organes, le phospho-Ă©nol-pyruvate (PEP), prĂ©curseur du glucose, prend naissance Ă  partir de l’oxalo-acĂ©tate formĂ© tant dans la mitochondrie par la rĂ©action (8) que dans le cytoplasme par la rĂ©action (9) couplĂ©e avec l’oxydation du malate. La dĂ©carboxylation de l’oxaloacĂ©tate est catalysĂ©e par la phospho-Ă©nol-pyruvate-carboxykinase en prĂ©sence de nuclĂ©otides inosiniques ou guanyliques selon la rĂ©action (10).

Les deux enzymes, pyruvate-carboxylase et phospho-Ă©nol-pyruvate-carboxylase, dont le cortisol est l’inducteur physiologique, interviennent dans la premiĂšre Ă©tape de la nĂ©oglycogenĂšse, que l’on peut reprĂ©senter dans les rĂ©actions (11).

La figure 8 montre le rÎle biosynthétique du cycle de Krebs et ses interrelations métaboliques.

La régulation

La rĂ©gulation de ce systĂšme biologique orientĂ© vers l’anabolisme ou le catabolisme est un mĂ©canisme harmonieux qui a pour objectif d’éviter l’accumulation intratissulaire des mĂ©tabolites de l’acĂ©tyl-coenzyme A et notamment des intermĂ©diaires du cycle: leur concentration dans les organes et dans le sang ne varie physiologiquement que dans d’étroites limites. La rĂ©gulation se fait Ă  diffĂ©rents niveaux et selon des modalitĂ©s diffĂ©rentes que nous dĂ©crirons analytiquement.

Au niveau de l’acĂ©tyl-coenzyme A

L’acĂ©tyl-coenzyme A est un carrefour mĂ©tabolique; il peut soit entrer dans le cycle de Krebs pour ĂȘtre dĂ©gradĂ© en C2 et H2O, soit ĂȘtre aiguillĂ© vers les voies biosynthĂ©tiques, notamment vers la synthĂšse des acides gras (fig. 10). L’orientation vers l’une ou l’autre voie est influencĂ©e par les concentrations des substrats du cycle tricarboxylique: leur diminution favorise l’action de la citrate-synthĂ©tase, donc l’oxydation de l’acĂ©tyl-CoA; leur augmentation active l’acĂ©tyl-CoA-carboxylase, de sorte que c’est la biosynthĂšse des acides gras qui est stimulĂ©e.

De plus, les acyl-CoA Ă  longue chaĂźne inhibent Ă  la fois l’acĂ©tyl-CoA-carboxylase et la citrate-synthĂ©tase; cette inhibition simultanĂ©e peut jouer un rĂŽle dans le dĂ©terminisme de la cĂ©tose, qui apparaĂźt lorsque la teneur hĂ©patique en acyl-coenzyme A augmente: la formation des corps cĂ©toniques est la seule voie mĂ©tabolique non inhibĂ©e.

Au niveau de la pyruvate-carboxylase

La pyruvate-carboxylase est la premiĂšre enzyme de la nĂ©oglycogenĂšse Ă  partir du pyruvate. L’acĂ©tyl-CoA est Ă  la fois l’activateur allostĂ©rique de cette enzyme et l’inhibiteur de la pyruvate-oxydase. C’est dire l’importance de la lipolyse comme facteur rĂ©gulateur du carrefour pyruvique, orientant le destin de cet acide -cĂ©tonique soit vers la nĂ©oglycogenĂšse, soit vers sa dĂ©gradation oxydative par le cycle de Krebs. Notons que le cortisol est l’inducteur de la biosynthĂšse des enzymes de la nĂ©oglycogenĂšse: pyruvate-carboxylase et phospho-Ă©nol-pyruvate-carboxykinase.

Ces régulations, de nature allostérique, mises en jeu au niveau des premiÚres enzymes de voies métaboliques: acétyl-CoA-carboxylase, citrate-synthétase, pyruvate-carboxylase, montrent à quel point la synthÚse des acides gras est influencée par les intermédiaires du cycle tricarboxylique.

Au niveau du rapport ATP/ADP

Ces rĂ©gulations allostĂ©riques sont complĂ©tĂ©es par celles qu’exerce la nĂ©cessitĂ© pour la cellule de maintenir la constance du rapport ATP/ADP. Une augmentation de l’ADP, donc une diminution du rapport, favorise la dĂ©shydrogĂ©nation de l’isocitrate par l’enzyme Ă  NAD+ et, par suite, le dĂ©roulement du cycle tricarboxylique; Ă  la rĂ©duction accrue du NAD+ s’ajoute une accĂ©lĂ©ration de la vitesse de fonctionnement des chaĂźnes d’oxydorĂ©duction, ayant pour objectif la formation d’ATP et donc le retour du rapport ATP/ADP Ă  un niveau normal. Inversement, l’augmentation du rapport ATP/ADP favorise la dĂ©shydrogĂ©nation de l’isocitrate, mais avec production extramitochondriale de NADPH2, ce qui accĂ©lĂ©rera les biosynthĂšses et consommera de l’ATP.

Au niveau du rapport NAD+/NADH2

De mĂȘme, les rapports extra- et intra-mitochondriaux NAD+/NADH2 influencent le destin des substrats du cycle, les orientant vers les oxydations gĂ©nĂ©ratrices d’hydrogĂšne ou vers les synthĂšses qui en consomment, de façon Ă  maintenir de part et d’autre de la membrane mitochondriale des rapports adaptĂ©s aux exigences de la vie cellulaire. En plus de ces deux types de mĂ©canismes rĂ©gulateurs, il faut faire une place Ă  l’inhibition de l’oxydation du succinate par l’oxaloacĂ©tate, ou bien compĂ©titive, ou actuellement attribuĂ©e Ă  une transition d’une forme active Ă  une forme inactive de la succino-dĂ©shydrogĂ©nase en prĂ©sence d’oxaloacĂ©tate.

L’unitĂ© du monde vivant

Ce systĂšme mĂ©tabolique central, dont la structure et le rĂŽle ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s dans les cellules animales, existe Ă©galement chez les micro-organismes et chez les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs. Pour les plantes qui utilisent les graisses de rĂ©serve pour des synthĂšses, ainsi que pour les micro-organismes dont la croissance dĂ©pend de la fourniture d’acides gras ou dont l’acide acĂ©tique est la source exclusive de carbone, le systĂšme mĂ©tabolique central est complĂ©tĂ© par le cycle glyoxylique, variante du cycle de Krebs, avec lequel il coexiste (fig. 2). On note que deux processus biochimiques se surajoutent au cycle classique:

– le clivage de l’isocitrate, sous l’influence de l’isocitritase, en succinate et glyoxylate;

– la condensation du glyoxylate avec l’acĂ©tyl-CoA pour former du malate, grĂące Ă  la malate-synthĂ©tase.

Le rĂ©sultat net est la conversion en succinate de deux moles d’acĂ©tate activĂ©: c’est lĂ  la diffĂ©rence entre le cycle de Krebs, qui Ă  partir de l’acĂ©tate produit de l’énergie, et le cycle glyoxylique qui, Ă  partir du mĂȘme acĂ©tate, synthĂ©tise des acides dicarboxyliques Ă  quatre atomes de carbone. Cette diffĂ©rence permet d’expliquer que, contrairement aux animaux, les vĂ©gĂ©taux et les micro-organismes peuvent synthĂ©tiser du glucose Ă  partir des acides gras (nĂ©oglycogenĂšse). Le cycle glyoxylique est rĂ©gulĂ© lui aussi au niveau de l’isocitritase qui est inhibĂ©e par le succinate et l’oxaloacĂ©tate. Cette inhibition s’oppose Ă  la surproduction d’acides dicarboxyliques Ă  quatre carbones. De mĂȘme, la synthĂšse de constituants cellulaires Ă  partir de ces acides supprime l’inhibition de l’isocitritase. Cette enzyme a, de plus, la particularitĂ© d’ĂȘtre inductible par l’acĂ©tate, qui lĂšve la rĂ©pression exercĂ©e par le phospho-Ă©nol-pyruvate sur la biosynthĂšse de cette enzyme.

Ainsi, dans le monde vivant, l’unitĂ© est Ă©vidente: ce sont des mĂ©canismes identiques qui prĂ©sident Ă  la production de substrats dont l’ensemble cyclique forme «un mĂȘme systĂšme mĂ©tabolique central». Les mĂ©canismes rĂ©gulateurs s’exerçant au niveau des enzymes sont superposables: induction ou rĂ©pression de leur synthĂšse et adaptation de leur activitĂ© aux besoins cataboliques ou anaboliques des cellules.

mĂ©tabolisme [ metabɔlism ] n. m.
‱ 1858 chim.; du gr. metabolĂȘ « changement »
♩ Physiol. Ensemble des transformations chimiques et physicochimiques qui s'accomplissent dans tous les tissus de l'organisme vivant (dĂ©penses Ă©nergĂ©tiques, Ă©changes, nutrition...). PhĂ©nomĂšnes d'assimilation (⇒ anabolisme) , de dĂ©gradation (⇒ catabolisme) du mĂ©tabolisme. Le mĂ©tabolisme des glucides. — MĂ©tabolisme basal ou de base : quantitĂ© de chaleur que produit, par heure et par mĂštre carrĂ© de la surface du corps, un sujet Ă  jeun et au repos.

● mĂ©tabolisme nom masculin (grec metabolĂȘ, de metaballein, transformer) Ensemble des processus complexes et incessants de transformation de matiĂšre et d'Ă©nergie par la cellule ou l'organisme, au cours des phĂ©nomĂšnes d'Ă©dification et de dĂ©gradation organiques (anabolisme et catabolisme).

métabolisme
n. m. BIOL Ensemble des réactions biochimiques qui se produisent au sein de la matiÚre vivante et par lesquelles certaines substances s'élaborent (anabolisme) ou se dégradent en libérant de l'énergie (catabolisme).
|| MED Métabolisme de base ou basal: quantité de chaleur produite par un sujet à jeun et au repos, par heure et par mÚtre carré de la surface du corps.

⇒MÉTABOLISME, subst. masc.
PHYSIOL. Ensemble des réactions de synthÚse, génératrices de matériaux (anabolisme), et de dégradation, génératrices d'énergie (catabolisme), qui s'effectuent au sein de la matiÚre vivante à partir des constituants chimiques fournis à l'organisme par l'alimentation et sous l'action de catalyseurs spécifiques. Abaissement, régulation du métabolisme; déchets du métabolisme. Le métabolisme est plus intense chez l'enfant que chez l'adulte, chez les petits animaux que chez les grands animaux (CARREL, L'Homme, 1935, p. 94). Les traceurs radioactifs (...) permettent d'étudier sur les organismes vivants le métabolisme (GOLDSCHMIDT, Avent. atom., 1962, p. 230). V. anabolisme ex. 1.
— [Avec dĂ©term.] MĂ©tabolisme normal.
♩[Le dĂ©term. dĂ©signe l'organisme ou l'organe concernĂ©] MĂ©tabolisme cĂ©rĂ©bral, microbien. Le mĂ©tabolisme des diverses espĂšces bactĂ©riennes engendre, Ă  partir du mĂȘme milieu, des produits de dĂ©chet diffĂ©rents (PLANTEFOL, Bot. et biol. vĂ©gĂ©t., t. 2, 1931, p. 33). Il est possible en modifiant le mĂ©tabolisme des cellules cĂ©rĂ©brales d'amĂ©liorer le rendement intellectuel (DELAY, Psychol. mĂ©d., 1953, p. 222). Les virus Ă  ARN provoquent une augmentation du mĂ©tabolisme du nuclĂ©ole et du cytoplasme pĂ©rinuclĂ©aire (Hist. gĂ©n. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 627). V. anabolisme ex. 3.
♩[Le dĂ©term. dĂ©signe la fonction concernĂ©e] MĂ©tabolisme de croissance. FrĂ©quemment, les champignons utilisent pour leur mĂ©tabolisme respiratoire des substances dissoutes dans le milieu oĂč ils se dĂ©veloppent (PLANTEFOL, Bot. et biol. vĂ©gĂ©t., t. 1, 1931, p. 285).
♩[Le dĂ©term. dĂ©signe la substance concernĂ©e] Des expĂ©riences sont en cours (...) de façon Ă  essayer de dĂ©celer les stades successifs du mĂ©tabolisme du carbone aboutissant Ă  la formation de molĂ©cules complexes indispensables Ă  la vie (GOLDSCHMIDT, Avent. atom., 1962, p.236). Le rĂŽle essentiel jouĂ© par le corps thyroĂŻde dans le mĂ©tabolisme de l'iode suggĂšre l'importance de cette substance dans la formation de l'hormone thyroĂŻdienne (QUILLET MĂ©d. 1965, p.471). On (...) trouve [la vitamine B6 ou pyridoxine] prĂ©sente et active dans le mĂ©tabolisme des sucres, des lipides et des protides (R. SCHWARTZ, Nouv. remĂšdes et mal. act., 1965, p. 68).
♩[Le dĂ©term. dĂ©signe un aspect particulier du processus]
Métabolisme intermédaire. Ensemble des réactions qui assurent la jonction entre les mécanismes de synthÚse et les mécanismes de dégradation (d'apr. Physiol., 1969, p. 90 [Encyclop. de la Pléiade]). Ce métabolisme intermédiaire consiste en une suite d'opérations rapides s'effectuant à la température du corps grùce aux enzymes qui jouent le rÎle de catalyseurs (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 616). [Les ] réactions du métabolisme intermédiaire sont le plus souvent des réactions d'équilibre dont la réversibilité dépend de la vitesse de formation des différents partenaires (Physiol., 1969, p. 97 [Encylop. de la Pléide]).
Métabolisme basal/de base. Métabolisme minimal compatible avec le maintien des fonctions vitales, correspondant à la quantité de chaleur, exprimée en calories, produite en une heure et par mÚtre carré de surface corporelle chez un individu à jeun, au repos et en équilibre thermique avec l'extérieur. Calcul, étude, mesure du métabolisme de base. Chez les basedowiens, le métabolisme basal serait augmenté du tiers dans les cas légers, de la moitié dans les cas moyens et du double dans les cas graves (SOUQUES ds Nouv. Traité Méd. fasc. 8 1925, p. 209). Atwater (en 1899), LefÚvre (en 1900), (...) précisent la notion de métabolisme basal, c'est-à-dire du minimum d'énergie nécessaire au fonctionnement vital: respiration, circulation, etc., sans dépense extérieure d'aucune sorte (R. LALANNE, Alim. hum., 1942, p. 38). V. basal ex.
REM. Métabolisant, -ante, adj. Qui intervient dans le métabolisme. Les hormones métabolisantes gouvernent l'équilibre chimique du milieu intérieur (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 649).
Prononc.:[]. Étymol. et Hist. 1. 1858 physiol. (NYSTEN); 2. mĂ©tabolisme basal, v. basal. DĂ©r. du gr. , v. mĂ©tabole1; suff. -isme. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:30.

mĂ©tabolisme [metabɔlism] n. m.
ÉTYM. 1858, chim.; grec metabolĂȘ « changement ».
❖
♩ (DĂ©b. XXe). Physiol. Ensemble des transformations chimiques et physico-chimiques qui s'accomplissent dans tous les tissus de l'organisme vivant (dĂ©penses Ă©nergĂ©tiques, Ă©changes, nutrition
). || PhĂ©nomĂšnes d'assimilation du mĂ©tabolisme. ⇒ Anabolisme. || PhĂ©nomĂšnes de dĂ©gradation du mĂ©tabolisme. ⇒ Catabolisme. || IntensitĂ© du mĂ©tabolisme. ⇒ Échange. || Activateurs du mĂ©tabolisme. || Qui diminue le mĂ©tabolisme. ⇒ AntimĂ©tabolique, antimĂ©tabolite. || Analyse, mesure du mĂ©tabolisme. — (XXe). || MĂ©tabolisme basal ou de base : quantitĂ© de chaleur que produit, par heure et par mĂštre carrĂ© de la surface du corps, un sujet Ă  jeun et au repos.
1 On mesure le mĂ©tabolisme par la quantitĂ© d'oxygĂšne absorbĂ© et celle d'acide carbonique dĂ©gagĂ©, quand le corps se trouve Ă  l'Ă©tat de repos complet. DĂšs que les muscles se contractent et produisent un travail mĂ©canique, l'activitĂ© des Ă©changes s'Ă©lĂšve beaucoup (
) Chose curieuse, le travail intellectuel ne produit aucune Ă©lĂ©vation du mĂ©tabolisme (
) Les plus puissantes crĂ©ations de l'intelligence augmentent beaucoup moins le mĂ©tabolisme que le muscle biceps quand il se contracte pour soulever un poids d'une livre.
Alexis Carrel, l'Homme, cet inconnu, III, VI.
2 Les ĂȘtres vivants sont des machines chimiques. La croissance et la multiplication de tous les organismes exigent que soient accomplies des milliers de rĂ©actions chimiques grĂące Ă  quoi sont Ă©laborĂ©s les constituants essentiels des cellules. C'est ce qu'on appelle le « mĂ©tabolisme ». Ce mĂ©tabolisme est organisĂ© en un grand nombre de « voies », divergentes, convergentes ou cycliques, comprenant chacune une sĂ©quence de rĂ©actions. L'orientation prĂ©cise et le rendement Ă©levĂ© de cette Ă©norme et microscopique activitĂ© chimique sont assurĂ©s par une certaine classe de protĂ©ines, les enzymes, jouant le rĂŽle de catalyseurs spĂ©cifiques.
Jacques Monod, le Hasard et la Nécessité, p. 67.
❖
DÉR. MĂ©tabolisation, mĂ©tabolite.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Metabolisme — MĂ©tabolisme Pour les articles homonymes, voir MĂ©tabolisme (homonymie). Le mĂ©tabolisme est l ensemble des transformations molĂ©culaires et Ă©nergĂ©tiques qui se dĂ©roulent de maniĂšre ininterrompue dans la cellule ou l organisme vivant. C est un… 
   WikipĂ©dia en Français

  • MĂ©tabolisme — Pour les articles homonymes, voir MĂ©tabolisme (homonymie). Le mĂ©tabolisme est l ensemble des transformations molĂ©culaires et Ă©nergĂ©tiques qui se dĂ©roulent de maniĂšre ininterrompue dans la cellule ou l organisme vivant. C est un processus ordonnĂ© 
   WikipĂ©dia en Français

  • metabolisme — metaboulisme m. mĂ©tabolisme 
   Diccionari Personau e Evolutiu

  • mĂ©tabolisme — (mĂ© ta bo li sm ) s. m. Changement de nature molĂ©culaire des corps 
   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile LittrĂ©

  • metabolisme — me|ta|bo|lis|me Mot Pla Nom masculĂ­ 
   Diccionari CatalĂ -CatalĂ 

  • metabolisme — me|ta|bo|lis|me sb., n (stofskifte) 
   Dansk ordbog

  • Metabolisme de base — MĂ©tabolisme de base Le mĂ©tabolisme de base (MB) correspond aux besoins Ă©nergĂ©tiques incompressibles de l organisme, c’est Ă  dire la dĂ©pense d Ă©nergie minimum permettant Ă  l organisme de survivre ; au repos, l’organisme consomme de l’énergie… 
   WikipĂ©dia en Français

  • MĂ©tabolisme De Base — Le mĂ©tabolisme de base (MB) correspond aux besoins Ă©nergĂ©tiques incompressibles de l organisme, c’est Ă  dire la dĂ©pense d Ă©nergie minimum permettant Ă  l organisme de survivre ; au repos, l’organisme consomme de l’énergie pour maintenir en… 
   WikipĂ©dia en Français

  • Metabolisme anaerobie — MĂ©tabolisme anaĂ©robie On appelle mĂ©tabolisme anaĂ©robie les opĂ©rations du mĂ©tabolisme qui ne requiĂšrent pas d oxygĂšne pour fonctionner. Ce type de fonctionnement se retrouve en particulier chez les levures. Mais il peut aussi se retrouver dans le… 
   WikipĂ©dia en Français

  • MĂ©tabolisme AnaĂ©robie — On appelle mĂ©tabolisme anaĂ©robie les opĂ©rations du mĂ©tabolisme qui ne requiĂšrent pas d oxygĂšne pour fonctionner. Ce type de fonctionnement se retrouve en particulier chez les levures. Mais il peut aussi se retrouver dans le corps humain (par… 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.